13 mai

Trois décennies de Hip Hop Français, quel combat maintenant

Tout le monde connaît Breakin' Convention, cette année notre troupe est engagée dans la tournée durant tout le mois de mai, soit 14 dates, autant de stages et de rencontres qui nous font réaliser à quel point notre art est négligé en France.

Après quelques jours la différence prend forme dans nos esprits et cette différence dépasse la danse, elle révèle en réalité toutes les crispations liées à la perception erronée de ce qui vient de la rue et se retrouve jeté dans un grand n’importe quoi très contemporain qui mélange allègrement quartiers, cités, immigration, islam. Difficile dans ce cas d’exister dans notre simplicité de français, parfois (souvent) issus de l’immigration ayant adopté un art né de l’expression de la rue, hors des codes conventionnels.

En France finalement la danse est contemporaine ou n’est pas et c’est bien notre problème. Pas d’issue lorsque Vagabond Crew, ou d’autres, choisissent une expression pure et brute qui extériorise une vision particulière et originale, comme si les peintures de Lascaux n’avaient pas droit de cité a coté des grands peintres… Pourtant peut on être plus contemporain à notre époque que le Hip-Hop qui répond aux questions essentielles et récurrentes de l’affirmation positive des identités, aux rencontres interculturelles et à la richesse qui nait de ces métissages ? Qui est plus représentatif et respectueux de ce qu’est la France dans ses valeurs les plus profondes (bien que pour certains elles ne se résumeraient qu’a du saucisson et à du vin) ?

Le mouvement Hip-Hop à l’image du cinéma est le garant esseulé d’une exception culturelle française défendue par tous nos responsables politiques.  Nous sommes devenus la seconde scène Hip-Hop mondiale après les Etats Unis, nos danseurs sont aujourd’hui au sommet et trustent les titres internationaux majeurs. Une différence notable toutefois ce combat militant se fait depuis près de 40 ans maintenant sans aucune aide quelconque qu’elle soit financière ou simplement par la reconnaissance de nos « élites » culturelles. A l’image des ouvriers immigrés ,ou non, qui survivent avec des retraites misérables après avoir été les mains des grosses sociétés du BTP, les militants de la première heure de l’identité française du Hip-Hop ont du mal à payer leur loyer, un parallèle troublant mais révélateur d’un état d’esprit.

Au travers de tous nos voyages et particulièrement au Royaume Uni, cette qualité nous est largement reconnue, le « French flavor » est attendu et respecté, à aucun moment un directeur « artistique » ne nous a demandé d’adopter des codes d’une autre discipline pour coller à sa propre vision de la danse, oubliant que tout art a son origine et que la forme qui en découle n’en est que l'expression formelle.

Que les danseurs français soient plus reconnus à l’extérieur de leurs frontières en dit long finalement sur une société qui continue à regarder avec une curiosité craintive ce mouvement et ceux qui le portent avec des lunettes déformantes et au travers d’une grille d’analyse bien souvent « zooesque » qui finit de graver dans la roche des dispositifs publics l’image unique d’un mouvement social, maintenant ainsi bien au chaud pour d’autres les financements, nerfs de la guerre.

Finalement les « guéguerres » et polémiques entre troupes et artistes Hip-Hop français sont bien petits face à ce vrai combat pour la reconnaissance et la légitimité…

Pour finir une petite citation de Jean Dubuffet, peintre, sculpteur, plasticien du début du XXe siècle, à destination de tous les programmateurs et décideurs du monde du spectacle et de la culture en France :

 " L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui; il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle. Dans l'art, il faut faire abstraction de toutes les habitudes. " 

 

Mohammed ZERROUK

31 jan

2012... et maintenant ?

Après deux années menées tambour battant sur le terrain de la compétition et face aux meilleures équipes mondiales (victoires à Chelles Battle Pro face à Pockemon France, à UK Bboy World Séries 2010 face à Top 9 Russie et 2011 face à JINJO Corée, victoire au Battle Of The Year International 2011 face à Battle Born USA, finale à R16 Korea) il est désormais temps pour la troupe de poser les bases de l'avenir. 

La structuration va s'axer autour de deux grandes directions, la création chorégraphique et l'action socio-éducative :

A Nantes l'association Vagabond Prod, présidée par Abdelaziz Tahar, travailleur de terrain acharné et militant de la première heure de la culture Hip-Hop s'attachera à la transmission, l'enseignement, la promotion et la diffusion des valeurs et des méthodes qui ont fait et font le succès de Vagabond Crew depuis 12 ans maintenant.

A Montpellier, c'est sous la direction de Mohamed BELARBI, chorégraphe discret aux créations aussi rares que profondes que la Compagnie Vagabonds va s'attacher à transcrire sur la scène chorégraphique sa propre perception du monde, de l'histoire, de l'homme. La compétition restera ancrée dans les gênes des Vagabonds, c'est ce qui fait son essence, elle sera le ciment de ces deux entités ainsi que de tous les projets à venir. A suivre donc...